Mathématiques, formes et création Vers une rencontre avec Cédric Villani
À partir du module de Sonobe, vous allez réaliser une production qui va progressivement se former, se transformer. Tous les modules seront construits selon le même principe. Pourtant, chacun pourra choisir la manière dont il assemble ses modules et la forme qu’il souhaite donner à sa première production.
Comment une règle simple et la répétition d’un même module peuvent-elles faire émerger une forme complexe et imprévisible ?
> Peut-on prévoir la forme finale à partir de la règle de départ ? > Une règle mathématique limite-t-elle la création ou permet-elle au contraire de créer davantage ? > À partir de quel moment une accumulation de formes simples devient-elle une forme complexe ?
Votre première production est donc libre : la forme peut être régulière ou irrégulière, compacte ou ouverte, équilibrée ou déséquilibrée. Vous pouvez également jouer avec les couleurs, les qualités de papier et les orientations des modules. Puis, vos productions vont progressivement être réunies par groupe : À chaque étape, vous devrez chercher une nouvelle organisation des productions entre elles. Il ne s’agit pas simplement de les poser les unes à côté des autres : vous devrez expérimenter différentes possibilités d’assemblage.
Il n’y a pas de forme finale à reproduire. La sculpture finale apparaîtra progressivement à partir de vos choix, de vos assemblages et de ceux des autres groupes. Votre objectif n’est donc pas de savoir dès le départ quelle sera la forme finale, mais de la laisser apparaître et évoluer au fil des assemblages.
La trace du processus
À chaque étape de l’assemblage, une photographie sera réalisée afin de garder la trace de l’évolution de la forme. La série de photographies permettra de montrer le passage : 1 → 2 → 4 → 8 → 16 → … → sculpture collective Elle constituera une présentation visuelle du processus de création et permettra d’observer comment une forme simple peut progressivement devenir une structure complexe.
Références artistiques :
Sol LeWitt
=> Règle et Protocole
Chez Sol LeWitt, le protocole est une sorte de mode d’emploi pour réaliser une œuvre. L’artiste ne réalise pas forcément lui-même le dessin : il définit précisément des règles, des formes, des lignes, des couleurs ou des étapes à suivre. Ces instructions peuvent ensuite être exécutées par une autre personne. Ainsi, l’idée et les règles conçues par LeWitt constituent une partie essentielle de l’œuvre, tandis que la réalisation matérielle peut être différente selon la personne qui applique le protocole.
Wall Drawing #260 (1975)
Vera Molnár
=> règle, hasard et variation Vera Molnár, pionnière de l’art numérique et algorithmique, fonde son œuvre sur une triade conceptuelle : la règle (le système rigoureux), le hasard (l’interruption contrôlée de l’ordre) et la variation (l’exploration combinatoire infinie d’une forme simple). L’ordinateur joue le rôle d’outil de création. Elle conçoit une règle, un programme ou un système qui génère des variations à partir d’un motif simple. Ensuite, le résultat est matérialisé : par exemple sous forme de dessin, d’impression ou de tracé réalisé par une machine. l’ordinateur ne remplace pas l’artiste : elle choisit les règles, introduit parfois du hasard ou des contraintes, puis sélectionne ou exploite les résultats qui l’intéressent.
Interruptions, 1968-1969 — dessin généré par ordinateur et réalisé à l’aide d’un traceur.
Dans Interruptions (1968-1969), Vera Molnár part d’une grille régulière, applique des rotations aléatoires aux lignes, puis introduit des « interruptions » dans certaines parties.
Notions abordées :
Répétition (un même module) – Accumulation (de plus en plus de volumes) – Échelle (du petit objet individuel à la sculpture collective) – Organisation / désorganisation (les assemblages deviennent progressivement complexes) – Équilibre / déséquilibre (la sculpture doit tenir) – Hasard / choix (chaque assemblage dépend des décisions précédentes) – Processus de formation, de transformation.